Les derniers réfugiés bhoutanais au Népal

 

Le Royaume du Bhoutan s'est fait remarquer pour avoir été en 1972 à l’origine du concept de Bonheur National Brut, en opposition à l'indice du Produit Intérieur Brut. À cette image paisible du pays s'oppose une triste réalité : vers la fin des années 80 et le début des années 90, le gouvernement bhoutanais mena une politique ségrégationniste afin d’étouffer l’essor démographique des groupes minoritaires. Cette politique aboutit à l'expulsion de près d'un sixième de la population du pays, soit plus de 100 000 personnes qui furent destituées de leur nationalité, dépossédées de leurs terres et contraintes de s'exiler.

 

Les réfugiés bhoutanais ont pour beaucoup des ancêtres népalais, on les appelle les Lhotsampas (les « gens du sud » en langue dzongkha). On rencontre aussi parmi ces exilés d'autres minorités à l'instar des Sharchops, persécutés pour appartenir à une branche bouddhique (Nyingma) différente de celle reconnue par la royauté (Khagyu). Depuis lors, les réfugiés bhoutanais vivent confinés dans des camps au sud-est du Népal. Leur existence oscille entre la désolation et l’espoir incertain d'un retour au pays.

 

Après des années d’échanges diplomatiques népalo-bhoutanais infructueux, la réinstallation des réfugiés en pays tiers est apparue comme la seule issue possible à la résolution du problème. En 2006, l’instauration par les États-Unis d’un vaste programme d’accueil (suivie par l'Australie, le Canada, le Danemark, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, les Pays-Bas et le Royaume-Uni) a dessiné un horizon nouveau. De nombreux réfugiés volontaires ont commencé à reconstruire leur vie en Occident, tandis que les autres demeurent dans les camps, errant sans but ou attendant la délivrance de leur visa.

 

Depuis le début du processus de réinstallation en pays d’accueil, les camps de réfugiés se vident progressivement. Leur démantèlement marque ainsi une époque à contre-courant de l’histoire d’autres régions du monde où se font jour de nouveaux flux de réfugiés. Aujourd'hui, pour des dizaines de milliers de réfugiés c’est une nouvelle vie qui commence après plus de vingt années d’exil.

 

(2012-2014)

 

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